Ekta Parishad soutenant le mouvement anti-corruption en Inde

Communiqué de presse du 16 août 2011


A la suite d’une série d’évènements honteux, aujourd’hui, Anna Hazare et des milliers de manifestants ont été arrêté par le Gouvernement de l’Inde à Delhi et ailleurs. Leur crime était de demander au gouvernement la mise en œuvre d’une loi anti-corruption efficace, la Jan Lokpal Bill (People’s Ombudsman Bill). L’ironie de l’histoire est qu’hier était le 64ème anniversaire de l’Indépendance. Les arrestations soulèvent de nombreuses questions sur l’état de la démocratie en Inde et les espaces de contestation politique. Ekta Parishad condamne fermement ces arrestations et appelle le gouvernement à se conformer aux demandes de la nation, non seulement pour une Jan Lokpal Bill forte, mais aussi pour qu’il travaille à des changements systématiques, larges et démocratiques dans le paradigme actuel de gouvernance et de développement.

Pendant que la corruption fait partie intégrante de la société indienne, des escroqueries comme celle de 2G ou du CGW témoignent d’une hausse sans précédent du degré de corruption. Ces affaires sont la pointe de l’iceberg, de nombreux problèmes sous-jacents y sont liés : l’accroissement des inégalités, l’augmentation du coût de la vie, les communautés qui perdent l’accès à leurs moyens de subsistance, les communautés marginalisées qui sont poussées vers la pauvreté. Alors que les indiens ne partagent pas une analyse communes des causes à la racine du problème, ils partagent clairement les effets de ces problèmes : une frustration grandissante par rapport à la façon dont vont les choses.

La Lokpal est une des structures institutionnelles qui pourrait s’occuper de la corruption en ayant le pouvoir d’enquêter sur la corruption des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire de l’Inde de manière rapide. Les différents gouvernements centraux trainent les pieds depuis les 40 dernières années pour mettre en place la Lokpal Bill, d’où la manifestation non-violente de la société civile en avril 2011 pour faire pression sur le gouvernement afin qu’il donne à ce problème toute l’importance qui lui est du. Le gouvernement a accepté les demandes de la société civile et a constitué un comité composé de représentants élus et de membres de la société civile pour écrire un avant-projet de la loi qui sera soumis au Parlement. Au cours des discussions du comité, les représentants du gouvernement ont rejeté de nombreuses propositions émanant de la société civile. Avec un gouvernement disposant d’une majorité aux deux chambres du Parlement, l’espoir d’une Lokpal Bill efficace a diminué et a poussé la société civile à une nouvelle manifestation non-violente le 16 août 2011.

Cette fois-ci le gouvernement a eu recours à la répression et à la réglementation de la manifestation en refusant d’accorder à la société civile la permission de poursuivre la protestation de la manière dont elle le souhaitait. Des conditions excessives ont été posées aux leaders pour mener la manifestation et les membres de la société civile ont refusé de signer un engagement qui limiterait leur liberté d’exprimer leur protestation (les conditions limitaient le nombre de personnes rassemblées à 5000 et le jeûne à 3 jours). La police a placé en détention les leaders, tels que Hazare et Arvind Khejriwal. Ils ont également arreté des milliers de manifestants à travers le pays. Bien qu’ils soient maintenant libérés, Hazare et Khejriwal restent en prison pour défendre leur droit constitutionnel à protester pacifiquement. Le peuple dans de nombreuses parties de l’Inde semble prêt à lutter contre ce gouvernement en raison de ses méthodes non démocratiques et corrompues. Des milliers de personnes sont dans les rues, protestant contre les arrestations.

Pourquoi des gens ailleurs dans le monde devraient s’intéresser à cela ? Alors que le problème de la corruption est peut-être local, il est connecté à des problèmes plus larges liés aux coupes dans les dépenses publiques, l’augmentation du chômage, l’accroissement des inégalités, etc., qui déclenchent des protestations à travers le monde. Il y a quelque chose de commun entre les mouvements pour la justice sociale, de l’Egypte au Royaume-Uni, du Chili à la Syrie, des Etats-Unis à l’Inde. Ces mouvements se rejoignent sur des questions primordiales : a) comment les citoyens peuvent-ils faire entendre leur voix dans le cadre des lois et des règles qui gouvernent leurs vies ? b) Dans cette structure sociopolitique avec une séparation des pouvoirs judiciaire, exécutif et législatif, de quels espaces dispose la société civile pour exprimer son désaccord quand ces trois pouvoirs échouent à rendre justice ? c) Est-ce que nos droits et notre responsabilité s’arrête avec la distribution du pouvoir par les urnes ?

A la lumière de ces questions, avoir et préserver des espaces de contestation devient des plus importants. Les efforts des gouvernements pour mener la répression et réglementer la contestation devraient être perçus comme une attaque à la démocratie et à nos droits fondamentaux. Nous appelons tous les citoyens à condamner les actions du Gouvernement de l’Inde qui arrête les leaders du mouvement anti-corruption, et nous pressons le gouvernement de respecter l’opinion et les souhaits du peuple dans l’élaboration des lois du pays.


Ravi Badri & Nishant Upadhyay

Ekta International

August 16, 2011

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